Oiseaux-Tempête – « From Somewhere Invisible »

Oiseaux-Tempête, électron libre de la scène française, revient avec son quatrième album : « From Somewhere Invisible« . Faisant feu de toute classification, la formation musicale a su depuis 2012 s’imposer sur la scène hexagonale et ne cesse de résonner à un niveau international à chacune de leurs sorties. A la manière d’un fantôme, il plane au-dessus des scènes, des bacs paraissant insaisissable. Les vinyles disparaissent en une poignée de semaines, et demeurent introuvables, interrogeant sur l’existence même du groupe qui semble ne subir aucune emprise de l’industrie musical, il demeure libre.

Le nouvel album d’Oiseaux-Tempête poursuit la ligne musicale de la formation. Nous ne sommes pas en terre inconnue et pourtant la manière de se mouvoir jusqu’à notre esprit a une nouvelle fois changé. « From Somewhere Invisible » propose un savant mélange des genres avec un post-rock traversé par de nombreuses influences, autant expérimentale que punk, dans sa manière de s’articuler. Préparez vous à une expérience, émotionnelle, poétique et intellectuelle, rare lors de cette errance au cœur de la nuit.

Sous des airs d’uniformité, de répétitivité, cette nouvelle offrande semble au fur et à mesure des écoutes s’avérer addictive, changeante, révélant des dédales d’une infinie complexité.

De la sorte, la formation rappelle des groupes tels que Swans, Godspeed Black Emperor, Mono, Earth, Massive Attack, The Wrekmeister Harmonies ou encore Sunn O))), tant elle parvient à se présenter à la manière d’une entité unique, incontrôlable, ne cessant de nous ouvrir les yeux sur le processus même de composition musicale. « From Somewhere Invisible » réussit, avec maestria, à propulser Oiseaux-Tempête au statut de groupe avant-gardiste, permettant d’ouvrir de nouveaux horizons musicaux de par ses expérimentations.

L’artwork est une pièce d’importance capitale dans la proposition d’Oiseaux -Tempête.
On retrouve cette photographie noire et blanc granuleuse qui sied à merveille à la création musicale du groupe. Un souffle de fin du monde, une terre recouverte par les spectres du passé, dissimulée par un voile cendreux, reste de la civilisation « moderne », façonne l’oeuvre d’une aura fascinante.
La photographie de ces deux individus, entrelacés, figurant sur la pochette de « From Somewhere Invisible« , dévoile un sentiment rare dans l’imagerie de la formation. A travers, ce caractère unitaire, fusionnel face à la fin des temps, on ne peut s’empêcher de voir ce couple à la manière d’un cocon, cristallisé dans l’éternel. Une figure neutralisant un futur possible, sublimant les figures du passé, empêchant le libre cours du temps présent, Oiseaux-Tempête parvient à immortaliser la vie en la fossilisant, faisant fi du concept temporel.

« From Somewhere Invisible » est l’histoire d’une ascension en trois temps, guidé par les poèmes de Mahmoud Darwish, Ghayath Almadhoun et Yu Jian. Le vinyle divisé entre ses parties A et B, offre la possibilité d’observer l’oeuvre entre terre et ciel, l’oiseau s’envole et la tempête se déploie. L’interprétation des trois poèmes est tenu par un fil instrumental, à la manière d’interludes, qui ne cesse de faire monter une tension, sans égale, une force qui nous pousse à ne plus détourner l’oreille. Soyez avertis, « From Somewhere Invisible » est une expérience sans pareille qui risque de vous changer à jamais.

La face A se constitue de l’interprétation musicale des poèmes « He Is Afraid And So Am I » de Mahmoud Darwish en introduction, et se conclut avec le frondeur et révoltant « Nous » de Ghayath Almadhoun.

Débutant sur le lourd et rugueux, « He Is Afraid And So Am I« , Oiseaux-tempête débute à la manière d’une locomotive marquant le temps, frappant la mesure. Le duo tape du pied dans ses percussions pour prendre son envol et philosophie autour du poème de Mahmoud Darwish entre conscient et subconscient. Un travail sur l’inaccessible face de notre personnalité nous est scandé par la voix grave et pleine de colère de G.W. Sok qui peut rappeler le phrasé de Lou Reed. Les mots résonnent, portés par une section instrumentale ronronnante qui ne cesse de prendre en ampleur, prenant l’auditeur sous son spectre, le morceau officiant en tant que passerelle pour pénétrer l’univers de l’album.

« I Think: Maybe he’s a killer…
or maybe a passerby who thinks
I am a killer.
He’s afraid…
And so am I.. »

Mahmoud Darwish

La deuxième lecture poétique sera le poème « Nous » de Ghayath Almadhoun, un appel à ouvrir les yeux, à ne plus développer cette vision mondiale individualiste. Le texte parle des peuples opprimés, des souffrances, des tortures qui doivent au-delà de leurs existences de martyrs, s’excuser d’avoir perturbé le quotidien des peuples d’occident. La force du texte est un haut lieu d’écriture, rappelant la vivacité et la radicalité des plus grands écrivains, une puissance entre Emile Zola et Pier Paolo Pasolni.
Le morceau est incendiaire et tente de coincer, capter notre audition, pour nous empêcher de pouvoir reculer, pour ne plus feindre l’ignorance. La partie instrumentale ne cesse de prendre en puissance prenant en hauteur, resserrant ses latitudes pour affiner le sens des mots, dévoiler l’urgence de nos civilisations. Une beauté tragique sans limite se dévoile sous nos vies, Oiseaux-Tempête a réussi, il a trouvé le moyen dans un monde empli de morale et de façonnage de l’esprit à ôter le bâillon qui couvrait nos yeux.

« We have had the impertinence
to leap suddenly onto news bulletins
and the pages ofthe internet and the press,
naked
except for our blood and charred remains.
We apologise »

Ghayath Almadhoun

La face A se termine, nous laisse épuisé, face à nos existences. La face B nous appelle comme un devoir, à faire un pas pour continuer à repenser un monde au bord de l’écroulement. La deuxième partie de ce périple est très certainement la plus belle oeuvre conçue depuis de nombreuses années de par son engagement et sa sincérité.

Débutant sur des notes évoquant le début de l’album, la face B ne cesse de complexifier ses mouvements, dans une ascension progressive, d’une manière majestueuse et stupéfiante jusqu’à l’arrivée de sa pièce maîtresse : « The Naming Of A Crow ».
Une expérience humaine et musicale d’une intensité unique. Les treize minutes mêlant les mots du poète chinois Yu Jian prononcé par G.W Sok de manière prodigieuse, et quasi-prophétique, à la composition ingénieuse d’Oiseaux-Tempête, semblent intouchables. Les mots ne cessent de se croiser, se toucher, et il paraît impossible de ne pas écouter cette piste de manière répétée pour saisir les moindres aspects et atouts dans sa manière de philosopher. Les mots de Yu Jian d’un caractère éternel et intemporel vont pouvoir résonner à tout jamais à travers les mains et instruments de la formation française.

« I never found dove in a crow’s nest
since childhood my hands have been covered
in the thick calluses of language
but as a poet I have never given voice to a crow »

Yu Jian

Oiseaux-Tempête avec « From Somewhere Invisible » a créé une oeuvre sans pareille qui semble pouvoir résonner à tout jamais au cœur de l’humanité, comme une clé pour répondre à nos maux, dans des futurs ténébreux. Ce nouvel album dépasse les horizons de la simple expression musicale, il met en lumière les mots précieux des poètes, derniers et rares guides dans les abysses et pour cela il n’y aura jamais assez de mots pour les remercier.

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ENGLISH VERSION :

Oiseaux-Tempête, a free electron on the French scene, returns with his fourth album: « From Somewhere Invisible ». Making fire of any classification, the musical formation knew how to impose itself on the hexagonal scene since 2012 and does not cease resonating on an international level with each one of their releases. Like a ghost, he flies above the stages, records shops seems to be elusive. The vinyls disappear in a few weeks, and remain untraceable, questioning the very existence of the band which seems to be under no influence from the music industry, it remains free.

Oiseaux-Tempête’s new album continues the musical line of the band. We are not in unknown territory and yet the way of moving until our spirit has once again changed. « From Somewhere Invisible » offers a clever mix of genres with post-rock crossed by many influences, both experimental and punk, in its way of articulating. Prepare for an experience emotional, poetic and intellectual, rare during this wandering in the heart of the night.

Under those appearances of uniformity, of repetitivity, this new offering seems to be progressively addictive, changing, revealing mazes of infinite complexity.

In this way, Oiseaux-Tempête recalls bands such as Swans, Godspeed Black Emperor, Mono, Earth, Massive Attack, The Wrekmeister Harmonies or even Sunn O))), as it manages to present itself as a single entity, uncontrollable, constantly opening our eyes to the very process of musical composition. « From Somewhere Invisible » masterfully succeeds in propelling Oiseaux-Tempête to the status of avant-garde band, allowing to open new musical horizons through its experiments.

The artwork is a piece of capital importance in the Oiseaux-Tempête proposal.
We find this grainy black and white photograph which is perfectly suited to the musical creation of the band. A breath of the end of the world, a land covered by the specters of the past, hidden by an ashy veil, the rest of « modern » civilization, shapes the work of a fascinating aura.
The photograph of these two hugged persons, featured on the cover of « From Somewhere Invisible », reveals a rare feeling in the imagery of the formation. Through this unitary character, fused in the face of the end of time, we can’t stop thinking to a cocoon, crystallized in the eternity. A figure neutralizing a possible future, sublimating the figures of the past, preventing the free flow of the present time, Oiseaux-Tempête manages to immortalize life by fossilizing it, ignoring the temporal concept.

« From Somewhere Invisible » is the story of an ascent in three stages, guided by the poems of Mahmoud Darwish, Ghayath Almadhoun and Yu Jian. The vinyl divided between its parts A and B, offers the possibility of observing the work between earth and sky, the bird flies away and the storm unfurls. The interpretation of the three poems is held by an instrumental thread, in the manner of interludes, which never ceases to raise a tension, without equal, a force which pushes us not to close the ear any more. Be warned, « From Somewhere Invisible » is an experience like no other that could change you forever.

The A side consists of the musical interpretation of the poems « He Is Afraid And So Am I » by Mahmoud Darwish in introduction, and ends with the rebellious and revolting « We » by Ghayath Almadhoun.

Starting on the heavy and rough, « He is afraid and so am I », Oiseaux-Tempête begins like a locomotive marking time, striking time. The band stomps on their percussion to take flight and philosophy around the poem by Mahmoud Darwish between consciousness and subconscious. A work on the inaccessible face of our personality is chanted by the deep and angry voice of G.W. Sok which can recall the phrasing of Lou Reed. The words resonate, carried by a purring instrumental section which continues to grow, taking the listener under his spectrum, the piece officiating as a gateway to enter in the universe of the album.

« I Think: Maybe he’s a killer…
or maybe a passerby who thinks
I am a killer.
He’s afraid…
And so am I.. »

Mahmoud Darwish

The second poetic reading will be the poem « We » by Ghayath Almadhoun, a call to open your eyes, to no longer develop this individualistic worldview. The text speaks of the oppressed peoples, the sufferings, the tortures which, beyond their existence as martyrs, must apologize for having disturbed the daily life of the peoples of the West. The power of the text is a high place of writing, recalling the liveliness and the radicality of the greatest writers, a power between Emile Zola and Pier Paolo Pasolni.
The piece is incendiary and tries to wedge, to capture our hearing, to prevent us from being able to retreat, so as not to pretend ignorance. The instrumental part does not stop taking power taking in height, tightening its latitudes to refine the meaning of the words, to reveal the urgency of our civilizations. A boundless tragic beauty is revealed under our lives, Oiseaux-Tempête succeeded, he found a way in a world full of morale and shaping of the spirit to remove the gag which covered our eyes.

« We have had the impertinence
to leap suddenly onto news bulletins
and the pages ofthe internet and the press,
naked
except for our blood and charred remains.
We apologise »

Ghayath Almadhoun

Side A ends, leaves us exhausted, facing our lives. Side B calls us as a duty, to take a step to continue to rethink a world on the brink of collapse. The second part of this journey is certainly the most beautiful work conceived for many years through its commitment and sincerity.

Beginning on notes evoking the beginning of the album, the B side continues to complexify its movements, in a gradual ascent, in a majestic and breathtaking way until the arrival of its centerpiece: « The Naming Of A Raven ».
A human and musical experience of unique intensity. The thirteen minutes mixing the words of the Chinese poet Yu Jian pronounced by G.W Sok in a prodigious, and almost prophetic, manner with the ingenious composition of Oiseaux-Tempête, seems untouchable. Words keep crossing each other, touching each other, and it seems impossible not to listen to this track repeatedly to grasp the smallest aspects and assets in his manner of philosopher. The words of Yu Jian of an eternal and timeless character will be able to resonate forever to cross the main instruments of the French band.

« I never found dove in a crow’s nest
since childhood my hands have been covered
in the thick calluses of language
but as a poet I have never given voice to a crow »

Yu Jian

Oiseaux-Tempête with « From Somewhere Invisible » has created an unparalleled work that seems to be able to resonate forever in the heart of humanity, as a key to responding to our ills, in a dark future. This new album goes beyond the horizons of simple musical expression, it highlights the precious words of poets, last and rare guides in the abyss and for that there will never be enough words to thank them.

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