Lucifungus – « Derek »

The English Version is just after the French one.


VERSION FRANÇAISE :

Bien qu’encore assez confidentiel, Lucifungus commence à se débusquer une certaine notoriété au sein de la scène Stoner/Doom. Après un premier album nommé « Akuma Kin », paru chez Black Farm Records en 2018, le duo australien est de retour pour explorer leur univers fongique où la puissance sonore semble ne trouver d’obstacle qu’au niveau du noyau terrestre, faisant trembler la terre, les racines et les êtres la peuplant pour le bien du plus grand nombre. Le nom de ce nouvel effort sismique : Derek.

Akuma Kin apportait les bases de la formation à savoir un riffing fonctionnant sous forme d’échos se répondant dans ses enchaînements d’accords mais également dans sa rythmique donnant cette impression constante de terre s’écartelant dans ses structures pachydermiques, dévoilant le monde secret des champignons dans lequel Lucifungus officie en guide pour nos oreilles encore néophytes de leur pratique instrumentale. L’artwork du groupe symbolisait avec pertinence une planète recouverte de champignons, localisant le territoire dans lequel le groupe souhaite faire évoluer son univers.

Derek, deuxième et nouvel album de Lucifungus, se dévoile à travers un artwork qui en dit long sur la suite des événements. Glenn Smith est de retour pour illustrer la proposition du groupe et creuse au coeur de la planète imaginée pour le premier effort du duo australien.
Nous sommes désormais au coeur de cet univers humide, crasse et fourmillant d’excroissances suintantes à la rencontre de ses habitants eucaryotes encapuchonnés, mangeurs de chair, au beau milieu du règne des Fungi.
L’illustrateur a eu la judicieuse idée d’y incorporer deux créatures physiquement proches des gobelins, en tant qu’avatar pour les deux membres du groupe. Deux entités enragées et prêtes à en découdre avec hargne face à la famille des champignons. Une image qui reflète avec ferveur le contenu de ce deuxième album.

Le groupe se donne à fond lors des sept nouveaux morceaux proposés à travers une création d’une trentaine de minutes qui ne laisse pas un seul instant à la monotonie donnant une multitude d’embranchements possibles à la découverte des morceaux. On y retrouve le caractère lourd et sinueux, tout comme les vocaux à mi-chemin entre chant et phrasé, rappelant la légende Sleep. Cependant, contrairement aux quelques « longueurs » du premier album, tout y est construit ici avec minutie et précaution pour ne jamais relâcher l’attention de l’auditeur. Lucifungus nous offre le voyage que l’on attendait et parfois même plus.

Derek s’ouvre sur Ball Shaker qui martelle l’ouïe de l’auditeur à renfort d’accords plaqués avec une puissance qui soulève de l’intérieur. Lucifungus travaille sur ce morceau d’ouverture ses accords et sonorités pour mouvoir son avancée restant sur une base qui va évoluer dans ses intensités, rythmes sans pour autant toucher à la structure même de l’unique riff proposé évitant de plus toute répétition, une idée risquée à la saveur obsédante.
En un morceau instrumental, nous retrouvons la hargne et la virulence qui nous avait fait aimer le premier album avec une énergie qui semble déborder de toute part.

La recette autour du travail sur le riffing, celle d’une simple suite d’accord torturée , et déformée sous toutes ses coutures est ce qu’il va ressortir de manière radieuse de ce nouvel effort qu’est Derek. La manière d’étirer les riffs et d’en fouiller les moindres recoins ouvrant la voie à des refrains chantés rappelant une nouvelle fois le prophétique Sleep.

C’est d’ailleurs la tournure que prend le second morceau Burn The World. A l’exception que d’ordinaire le refrain se veut aérien et porteur, ici, Lucifungus décide de couper net et de déclencher une avalanche gravitationnelle sur cette section laissant l’espoir et la légèreté d’un tractopelle à ses couplets instrumentaux.

Pour conclure cette face A, le duo australien enterre les riffs les uns après les autres, par un procédé d’une lenteur exemplaire, rampant et creusant tels des termites au coeur d’un bois jonché d’eucaryotes hostiles avec Transpyramid et Take The Potion. La résonance des accords est telle qu’elle se transforme en une sorte de magma organique que la batterie enfonce encore et toujours plus dans un paysage Doom en pleine mutation sous l’inventivité de ses créateurs.
A noter que le morceau de clôture de cette face A boueuse à souhait, Take The Potion, est dédié à Tom G Warrior (Celtic Frost, Thorr’s Hammer) et Lee Dorrian (Cathedral), deux pointures en la matière de scène underground poisseuse. Les références sont placées, présentes mais n’en deviennent jamais envahissantes, laissant la marge idéale à Lucifungus pour démontrer leur talent en matière de riffs s’attaquant directement au tympan.

La face B débute avec un court morceau introductif, Quintro, d’une violence et force qui ferait pâlir un Conan de l’ère Blood Eagle. Si vous aviez peur de décrocher le temps de tourner le disque et de confortablement vous installer, n’ayez crainte, Lucifungus prend d’assaut cette face B et va lui conférer une ouverture sur l’avenir du groupe pour la moins réjouissante.

Avec leurs morceaux Lucifungus et Manicanimals, le duo australien enfonce le clou et démontre sa capacité à se démarquer définitivement de son premier effort et modèle sa carrière vers un avenir impitoyable tant la déferlante d’accord s’abat sur nous avec puissance. Rien ne semble arrêter l’alchimie redoutable élaborée par le groupe, s’accentuant avec majesté au rythme des morceaux tous plus lourds les uns que les autres.

La fosse est creusée, le nom ancré, l’âme hissée, Lucifungus s’est affirmé en deux petites années comme une référence sur la scène Doom moderne. Un nom que l’on ne souhaite désormais plus que de découvrir en live, pour soulever quelques planches et asséner quelques coups de masse en plein dans nos nuques qu’ils maltraitent déjà avec vigueur à grand coup de riffs assassins.
L’album ne se maîtrise pas dès la première écoute. Il saisit l’ouïe avec des images sonores marquantes au fil des rotations, qu’il laisse mûrir dans l’imaginaire de l’auditeur, se révélant, de manière habile, tout simplement incontournable.

Pour découvrir et supporter Lucifungus :


ENGLISH VERSION :


Although still quite confidential, Lucifungus is beginning to flush out some notoriety at the heart Stoner / Doom scene. After a first album called « Akuma Kin », released on Black Farm Records in 2018, the Australian duo is back to explore their fungal universe where the sound power seems to find an obstacle only at the level of the earth’s core, making tremble the earth, the roots and beings populating it for the good of the greatest number. The name of this new seismic record proposition: Derek.

Akuma Kin brought the basics of the band namely a riffing in the form of echoes responding to each other in its chord sequences but also in its rhythm, giving this constant impression of earth tearing apart in its pachydermal structures, revealing the secret world of mushrooms in which Lucifungus acts as a guide for our ears still neophytes of their instrumental practice. The band’s artwork appropriately symbolized a planet covered with mushrooms, locating the territory where the Stoner/Doom duo wishes to develop its universe.

Derek, Lucifungus second and new album, is revealed through an artwork that says a lot about what follows. Glenn Smith is back to illustrate the band’s proposal and dig into the heart of the imagined planet for the Australian duo’s first effort.
We are now at the heart of this humid, filthy universe teeming with oozing outgrowths to meet its hooded, flesh-eating eukaryotic civilization, right in the middle of the Fungi reign.
The illustrator had the wise idea to incorporate two creatures physically close to the goblins, as an avatar for the two members of the band. Two entities enraged and ready to fight with sonor effects and anger against the family of mushrooms. An image that fervently reflects the content of this second album.

The band gives their all during the seven new pieces offered through a creation of thirty minutes which does not leave a single moment to the monotony giving a multitude of possible branches to the discovery of the pieces.
We find once again there the heavy and sinuous riffs character, just like the vocals halfway between song and phrasing, straight inspired by the Sleep legend. However, unlike the few « lengths » of the first album, everything is built here with thoroughness and precaution to never relax the attention of the listener. Lucifungus offers us the trip we expected and sometimes even more.

Derek opens with Ball Shaker which hammers the listener’s hearing with reinforcement of tacked chords with a power which lifts from the inside. Lucifungus works on this opening piece its chords and sounds to move its progress remaining on a basis that will evolve in its intensities, rhythms without affecting the very structure of the single proposed riff moreover avoiding any repetition, an idea risky with a haunting flavor.
In an instrumental piece, we find the aggressiveness and virulence that made us love the first album with an energy that seems to overflow from all sides.

The recipe around working on the riffing, that of a simple tortured chord suite, and distorted in every way is what will emerge most relevantly from this new effort that is Derek. The way of stretching the riffs and digging into every nook and cranny opens the way to sung chorus reminiscent of the prophetic Sleep once again.

This is also the turn that takes the second song Burn The World. With the exception that usually the chorus wants to be airy and carrying, here Lucifungus decides to cut short and to trigger a gravitational avalanche on the chorus leaving the hope and the lightness of a backhoe loader to his instrumental verses.

To conclude this side A, the Australian duo buries the riffs one after the other, by an exemplary slow process, crawling and digging like termites in the heart of a wood strewn with hostile eukaryotes with Transpyramid and Take The Potion . The resonance of the chords is such that it transforms into a sort of organic magma that the drums sink even more and more into a Doom landscape in full mutation under the inventiveness of its creators.
Note that the closing song of this muddy side A, Take The Potion, is dedicated to Tom G Warrior (Celtic Frost, Thorr’s Hammer) and Lee Dorrian (Cathedral), two big names in the matter of the sticky underground scene. The references are placed, present but never become overwhelming, leaving the ideal margin to Lucifungus to demonstrate their talent in terms of riffs directly attacking the eardrum.

The B-side opens with a short introductory track, Quintro, of a violence and force that would make a Conan of the Blood Eagle era pale. If you were afraid to lost your attention during the face changing, you can take the time to turn the record and comfortably settle down, fear not, Lucifungus is storming this B side and will give it an opening on the future of the band for the less encouraging.

With their tracks Lucifungus and Manicanimals, the Australian duo drives the point home and demonstrates their ability to definitely stand out from their first effort and shape their career towards a ruthless future as the surge of chords hits us with power. Nothing seems to stop the formidable alchemy developed by the band, accentuating with majesty to the rhythm of the pieces, each one heavier than the other.

The album cannot be mastered from the first listen. He captures the hearing with striking sound images over the rotations, which he lets ripen in the listener’s imagination, revealing himself, in a skillful way, quite simply unavoidable.

To discover and support Lucifungus:

Wombat Interview #7 – Black Farm Records

The English version is after the French one.


En ce mois d’août à la fois crépusculaire et caniculaire Wombat Cult s’est réfugié dans la vieille ferme à vinyles de Thomas et JB. Une bonne occasion pour laisser la parole à Thomas au cours d’une interview fleuve sur leur jeune et prometteur label et plus globalement sur la passion du format physique, dernier rempart face à l’engloutissement du monde digital.


VERSION FRANÇAISE :

Wombat Cult : Black Farm Records est aujourd’hui un label influent sur la scène Stoner/Doom. Comment cette aventure a-t-elle débuté ?


Black Farm Records : L’aventure Black Farm est née il y a 5 ans environ. Avec mon ami (et associé) JB, l’idée nous est venue assez naturellement. Nous avions bossé dans le disque ensemble, et même si nos trajectoires professionnelles avaient radicalement évolué l’idée de monter notre propre label nous avait toujours titillés. Nous souhaitions devenir acteurs de cette scène Stoner et Doom, et en tant que collectionneurs de disques, nous nous sommes logiquement spécialisés sur le format vinyle. Nous avons créé la structure juridique et go !


Influent ? Je sais pas trop, mais je l’espère ! Mais ce qui est sûr c’est que le nom circule, que les groupes sont satisfaits de la relation que nous mettons en place avec eux, satisfaits également des conseils qu’on leur donne, et la liberté totale que nous leur garantissons.
Nous veillons aussi à ce que nos clients soient complètement satisfaits, depuis leur commande sur le shop jusqu’à la réception de leur colis, ou pour toute question qu’ils peuvent avoir ; le service offert doit être irréprochable. Nous sommes nous aussi des consommateurs de vinyles, et nous voulons offrir l’expérience d’achat idéale.

Wombat Cult : Ta ligne éditoriale s’oriente vers des groupes d’une certaine diversité au coeur de la scène Doom. On y trouve Dope Smoker, Pesta, Grave Disgrace, Mammon’s Throne ou encore Mephistofeles.
Quelle est ta manière de choisir un groupe que tu souhaites signer ?


Black Farm Records : Cette scène est vaste et très riche, notre souhait est d’essayer de la représenter dans sa diversité, de ne pas nous enfermer dans une niche mais plutôt de surprendre ceux qui nous suivent depuis le début.
Le fait d’être deux associés avec des sensibilités différentes nous a permis de sélectionner les groupes avec, je pense, une certaine rigueur.
Nous ne suivons pas de « règle » particulière pour signer tel ou tel autre artiste, tout part de l’album en question. Si on a le poil qui se dresse, bingo ! On contacte le groupe et lui propose nos services.

Wombat Cult : Ton « Best-Seller » est « Whore » de Mephistofeles. L’album est désormais un incontournable et atteint presque la position de classique.
Comment s’est déroulée cette rencontre ?


Black Farm Records : Nous avons contacté Mephistofeles juste après la découverte sur Bandcamp de leur premier album, « Whore ». Ça a été une claque : on a tout de suite été impressionné par la consistance de ce premier album. Il n’y a aucun temps mort, pas de remplissage, juste du riff à l’état sauvage.
Le groupe nous a répondu assez rapidement, on leur a proposé nos services et quelques jours plus tard, on signait un contrat. Tout a été très facile et naturel.
Aujourd’hui encore, les rapports que l’on entretient sont transparents et efficaces, comme pour la réédition de Whore du mois de juin dernier.
Je pense sincèrement que « Whore » est un classique. Il fait partie de ces albums incontournables de la scène.
Je suis très fier du chemin parcouru par Mephistofeles, et ils le méritent entièrement.

« Whore » by Mephistofeles

Wombat Cult : Black Farm Records est un label spécialisé dans le format vinyle. Le retour de ce support ne cesse de se développer depuis maintenant plusieurs années.
Quelle relation entretiens-tu avec le disque revenu d’outre-tombe ?


Black Farm Records : Une relation particulièrement forte ! J’adore tout de ce support : le son bien entendu, les textures au toucher, l’odeur d’un skeud sorti en 1969 et l’histoire qu’on peut liresur les paperscuffs qui ornent le sillon… Et le papier qui permet à des pochette complètement folles de voir le jour… Et ça fait 20 ans que ça dure !
Au début des années 2000, le vinyle était loin de la bonne santé commerciale qu’il affiche aujourd’hui, et on n’en trouvait pas aussi facilement. A cette époque, JB et moi travaillions chez United Musics Company, un distributeur spécialisé Stoner/Hard Rock/Doom. UMC distribuait des labels comme Man’s Ruin, People Like You, Tee Pee… Le catalogue était assez incroyable, on avait Lowrider, Nebula, Orange Goblin, Unida, Reverend Bizarre, Hellacopters, Isis, … Et tout ça en CD et vinyle !
Je crois que c’est à ce moment-là que je suis tombé dedans. Et depuis, cette passion ne m’a jamais lâché.

Wombat Cult : Ton label est orienté autour de la distribution de support physique analogique. Que penses-tu du retour florissant du support vinyle mais également de la renaissance assez récente du format cassette ?


Black Farm Records : Je suis forcément très heureux de ce retour du vinyle, et la vitalité qu’il affiche aujourd’hui devrait encore durer quelques années si on en croit les courbes de croissance commerciale.
En ce qui concerne la cassette, j’avoue ne pas bien comprendre cette résurgence.
J’ai toujours trouvé ce support peu pratique et pas très attractif. Et pourtant j’ai grandi avec ! Dans les années 80, on se prêtait des cassettes avec les potes du collège. On passait des heures à les copier. Le CD était très cher à l’époque (je me souviens avoir payé plus de 200F pour le Led Zeppelin « I »), et on ne pouvait pas les graver au début. Mais quand c’est devenu possible, j’ai eu vite fait, comme beaucoup d’autres je pense, à enterrer la cassette.


Cela dit, j’ai récupéré un sac de cassettes qui dormait depuis une trentaine d’années dans le grenier chez mes parents. Je me suis replongé avec nostalgie dans ce sac, et réécouté des trucs que j’avais oublié.

Wombat Cult : De la rencontre entre un groupe et un label apparaît la possible naissance du format physique.
Néanmoins, entre la signature et l’arrivée de l’objet entre les mains de l’auditeur, un long chemin entre prestataires et procédures administratives apparaît.
Peux-tu nous éclairer sur ce cheminement ?


Black Farm Records : C’est parfois un peu long c’est vrai, mais rien de compliqué ou astreignant. Les procédures administratives sont assez réduites à vrai dire, ce qui prend le plus de temps je pense, c’est plutôt la conception graphique de l’ensemble, et puis bien entendu les délais de fabrication.
En général, les groupes disposent de l’album enregistré, mixé, prêt à presser, et toute la conception graphique. En revanche, certains ont bien l’album, mais n’ont aucune pochette, aucun visuel à utiliser. Ils ont souvent des idées ou des attentes particulières pour la pochette, alors j’interviens pour les orienter, les aider et les financer si besoin.
Une fois que tous les éléments sont envoyés au fabricant, vérifiés et approuvés, il n’y
a plus qu’à prendre son mal en patience…

Wombat Cult : Quels sont les groupes et labels qui t’ont donné envie de te lancer sur cette voie ?


Black Farm Records : Il y en a énormément, les énumérer serait presque du suicide rédactionnel. J’ai pas mal collectionné les Hellacopters pendant un moment. J’avais réussi à mettre la main sur beaucoup des 45t que le groupe avait sortis et bien sûr les 33t, et comme il existait plusieurs éditions, il me les fallait toutes. J’étais plutôt « complétiste » pour ce groupe et j’ai vite compris que tout posséder me coûterait très très cher, et surtout, m’amènerait à renoncer à d’autres sorties… Les Hellacopters ont beaucoup participé au fait que j’aille chercher les éditions rares, les plus limitées, bourrées de goodies ; goodies qui d’ailleurs restent souvent dans les pochettes.
Certains disques sont vraiment des œuvres d’art, que ce soit la couleur ou les mélanges de couleurs des disques en eux-mêmes, ou les choix de papier pour les pochettes, les visuels complètement dingues, les pochettes die-cut, ou pop-up… On peut se permettre tellement de choses avec l’objet vinyle que ça en fait tourner la tête. Mais je dois dire que la version vinyle de Megasus (« s/t » – 2009) fait partie de ces disques qui ont participé à ce besoin de me lancer.
Quant aux labels, c’est pareil, il y en a un beau paquet ! J’ai cité Man’s Ruin tout à l’heure, le label de Frank Kozik, et à mon sens ce label est vraiment une référence en matière de Stoner/Doom et affiliés. Le catalogue est monstrueux, et très hétéroclite.
Tee Pee records, période Tony Presedo, est aussi une référence. Je n’ai toujours pas compris pourquoi il s’est fait remercier… Travis Witherell et son label Hydro-Phonic a aussi fait de l’excellent boulot. Toute cette passion mise au service de la musique et du « produit » vinyle…

Je pense aussi à Robert Black et DHU records dont je suis fan, mais aussi Joshua Wilkinson et the Company records, … tous ces fans de musique qui s’investissent personnellement dans la création d’objets incroyablement chiadés. On ne parle plus de simple disque vinyle dans une vulgaire pochette, tout est très élaboré. Et en parlant de passion, je t’invite à checker ce label, le Narthécophore, on peut véritablement parler de sacerdoce.

Des plus grosses machines comme Relapse, Southern Lord ou Rise Above sont autant d’influences également.

« Derek » by Lucifungus

Wombat Cult : En tant qu’audiophile, quel est ton souvenir musical le plus marquant ?


Black Farm Records : Sans aucun doute ma première rencontre avec Tool. Un copain m’avait prêté le CD d’ « Undertow », et je me souviens m’être assis devant les enceintes pendant toute la durée de l’album à me demander ce qui était en train d’en sortir. Je n’avais jamais entendu ça auparavant et encore aujourd’hui Tool fait partie de ces groupes intouchables pour moi.

Wombat Cult : Quels groupes aurais-tu rêvé de signer chez Black Farm Records ?


Black Farm Records : Tous ceux que j’adore, et il y en a beaucoup ! J’écoute des choses très différentes.
Je peux passer de « Obey » (1997) des Brainbombs et sa Noise hostile et sordide à « Sea Shanties » (1969) de High Tide et son Hard Prog visionnaire. Je pourrais aussi citer d’autres groupes diamétralement opposés comme SunnO))) et Laddio Bolocko, ou Unsane et les Stooges par exemple… Ou pourquoi pas Mayhem et Edgar Broughton Band. Et les Doors, putain, les Doors !

Mais le catalogue n’aurait alors plus aucune logique, ça partirait dans tous les sens.

Wombat Cult : Quels conseils pourrais-tu donner à une personne qui souhaiterait monter son propre label ?

Black Farm Records : De bien peaufiner le projet avant de se lancer, ça veut dire monter une communauté solide, signer un ou deux groupes en amont, trouver les bons partenaires pour le pressage, l’impression, la distribution… Ne pas s’emballer tout de suite avec des projets coûteux, et de ne surtout pas compter son temps ni son argent.
Il y a énormément de satisfaction à en tirer, et de très belles rencontres, et ça en vaut vraiment la peine.

Pour découvrir les sorties Black Farm Records :


ENGLISH VERSION :

In this August at the same time twilight and scorching Wombat Cult took refuge in the old vinyl farm of Thomas and JB. A good opportunity to give the floor to Thomas during an interview on their young and promising label and more generally on the passion for the physical format, the last bulwark against the engulfing of the digital world.


Wombat Cult: Black Farm Records is today an influential label on the Stoner / Doom scene. How did this adventure start?

Black Farm Records: The Black Farm adventure began about 5 years ago. With my friend (and partner) JB, the idea came to us quite naturally. We had worked in the record industry together, and although our professional trajectories had radically changed the idea of ​​setting up our own label had always tickled us.
We wanted to become actors in this Stoner and Doom scene, and as record collectors, we logically specialized in the vinyl format. We have created the legal structure and go!


Influential? I’m not sure, but I hope so! But what is certain is that the name is circulating, the bands are satisfied with the relationship we are building with them, also satisfied with the advice we give them, and the total freedom we guarantee them. We also ensure that our customers are completely satisfied, from their order in the shop to the receipt of their package, or for any questions they may have; the service offered must be irreproachable. We are vinyl consumers too, and we want to provide the perfect shopping experience.

Wombat Cult: Your editorial line is directed towards bands of a certain diversity at the heart of the Doom scene.
There are Dope Smoker, Pesta, Grave Disgrace, Mammon’s Throne or even Mephistofeles. How do you choose a band that you want to sign?


Black Farm Records: This scene is vast and very rich, our wish is to try to represent it in its diversity, not to lock ourselves in a definitive type of bands but rather to surprise those who follow us from the beginning. Being two partners with different sensitivities allowed us to select groups with, I think, a certain rigor. We do not follow any particular « rule » for signing this or that other artist, everything starts from the album in question. If we have the hair that stands up, bingo! We contact the band and offer them our services.

« Forward Unto Flame » by Mammon’s Throne


Wombat Cult: Your « Best-Seller » is « Whore » from Mephistofeles.
The album is now a « must-have » and almost reaches the position of classic.
How did this meeting go?


Black Farm Records: We contacted Mephistofeles just after the discovery on Bandcamp of their debut album, « Whore ». It was a slap in the face: we were immediately impressed by the consistency of this first album. There is no downtime, no fill, just riff in the wild. The band responded to us fairly quickly, we offered our services to them and a few days later, we signed a contract. Everything was very easy and natural.

Even today, the reports we maintain are transparent and efficient, as with the reissue of Whore last June. I sincerely think « Whore » is a classic. It is one of those essential albums on the scene. I am very proud of the road traveled by Mephistofeles, and they fully deserve it.


Wombat Cult: Black Farm Records is a label specializing in vinyl format. The return of this support has continued to develop for several years now.
What relationship do you have with the vinyl support that came back from beyond the grave?


Black Farm Records:
A particularly strong relationship! I love everything about this medium: the sound of course, the textures to the touch, the smell of a skeud released in 1969 and the story that can be read on the paperscuffs that adorn the groove … And the paper that allows completely crazy covers to see the light of day … And it’s been 20 years that it lasts!
In the early 2000s, vinyl was in a critical situation from the good commercial health it enjoys today, and it was not found as readily. At that time, JB and I were working at United Musics Company, a specialist Stoner / Hard Rock / Doom distributor. UMC distributed labels like Man’s Ruin, People Like You, Tee Pee…
The catalog was quite incredible, we had Lowrider, Nebula, Orange Goblin, Unida, Reverend Bizarre, Hellacopters, Isis,… And all that on CD and vinyl!
I think that’s when I fell into it. And since then, that passion has never let go.

Wombat Cult: Your label is oriented around the distribution of analogue physical media. What do you think of the flourishing return of vinyl media but also of the fairly recent renaissance of the cassette format?

Black Farm Records: I’m obviously very happy with this return of vinyl, and the vitality it displays today should last a few more years if we are to believe the commercial growth charts. As for the tape, I confess that I don’t fully understand this resurgence.
I have always found this support impractical and unattractive. And yet I grew up with it! In the 80s, we lent each other cassettes with our college friends. We spent hours copying them. The CD was very expensive back then (I remember paying over 200F (30 euros approximately) for the Led Zeppelin « I »), and you couldn’t burn them at first.
But when it did become possible, I was quick, like many others I think, to bury the tape.

But I recovered a bag of cassettes that had been dormant for about 30 years in the attic at my parents’ house. I wandered back into that bag with nostalgia, and listened to stuff I had forgotten.


Wombat Cult: From the meeting between a group and a label appears the possible birth of the physical format. Nevertheless, between the signature and the arrival of the object in the hands of the auditor, a long road between service providers and administrative procedures appears.
Can you enlighten us on this journey?

Black Farm Records: It can be a bit long, yes, but nothing complicated or demanding. The administrative procedures are quite reduced to be honest, what takes the most time I think is more the graphic design of the whole, and then of course the manufacturing times.
Usually bands have the album recorded, mixed, ready to press, and all the graphic design.
On the other hand, some do have the album, but have no cover, no visual to use. They often have specific ideas or expectations for the cover art, so I step in to guide them, help them and fund them if needed.
Once all the items are sent to the manufacturer, verified and approved, there is no more than take his pain patiently…

« Rest In Peace » by Grave Disgrace

Wombat Cult: What are the bands and labels that made you want to get started on this path?

Black Farm Records: There are so many, listing them would be almost editorial suicide. I collected Hellacopters quite a bit for a while. I had managed to get my hands on a lot of the 45s that the band had released and of course the 33s, and since there were several editions, I needed them all. I was rather « complete » for this group and I quickly understood that owning everything would cost me very, very expensive, and above all, would lead me to give up other outings …
The Hellacopters were very involved in my going look for rare editions, the most limited, stuffed with goodies; goodies that often remain in the pockets.
Some records are truly works of art, whether it’s the color or color mixes of the records themselves, or the paper choices for covers, goofy visuals, die-cut covers, or pop- up… You can afford so much with the vinyl object that it makes your head spin. But I have to say that the vinyl version of Megasus (« s / t » – 2009) is one of those records that helped with this need to get started. As for the labels, it’s the same, there are a lot of them!
I mentioned Man’s Ruin earlier, Frank Kozik’s label, and in my opinion this label is really a benchmark in terms of Stoner / Doom and affiliates. The catalog is monstrous, and very heterogeneous.
Tee Pee records, Tony Presedo period, is also a reference. I still don’t understand why he got thanked… Travis Witherell and his Hydro-Phonic label did a great job as well. All this passion put at the service of music and the vinyl « product »…

I also think of Robert Black and DHU records of which I am a fan, but also Joshua Wilkinson and the Company records,… all those music fans who are personally involved in the creation of incredibly chiadded objects.
We are no longer talking about a simple vinyl record in a vulgar sleeve, everything is very elaborate. And speaking of passion, I invite you to check out this label, Le Narthécophore, we can truly speak of priesthood.
Bigger machines like Relapse, Southern Lord or Rise Above are also influences.

Wombat Cult: As an audiophile, what is your most striking musical memory?

Black Farm Records: Without a doubt my first encounter with Tool. A friend loaned me the “Undertow” CD, and I remember sitting in front of the speakers for the entire duration of the album wondering what was coming out of it.
I had never heard that before and even today Tool is one of those untouchable bands for me.

Wombat Cult: Which bands would you have dreamed of signing to Black Farm Records?

Black Farm Records: All the ones I love, and there are a lot of them! I listen to very different things. I can go from “Obey” (1997) by Brainbombs and its hostile and sordid Noise to “Sea Shanties” (1969) by High Tide and its visionary Hard Prog. I could also cite other diametrically opposed groups like SunnO))) and Laddio Bolocko, or Unsane and the Stooges for example… Or why not Mayhem and Edgar Broughton Band. And the Doors, damn, the Doors!
But then the catalog would no longer have any logic, it would go all over the place.

Wombat Cult: What advice could you give to someone who would like to start their own label?

Black Farm Records: Fine-tuning the project before launching, that means building a solid community, signing one or two groups upstream, finding the right partners for pressing, printing, distribution…
Do not get carried away immediately with expensive projects, and above all not to count your time or money. There is a lot of satisfaction to be gained from it, and some great meetings, and it’s really worth it.

To discover the Black Farm Records releases :